Frange Sud de Rothéneuf : la Sacib prend la parole

Frange Sud de Rothéneuf : la Sacib prend la parole, actualité immobilière de la Sacib

Pour la première fois, depuis que le projet de construction de logements neufs, porté par la ville de Saint-Malo, a été attaqué par deux associations, la Sacib, le promoteur, explique sa démarche.

« Ce projet est dans l’équilibre du développement durable. Nous sommes à la croisée des chemins entre l’écologie, le social et l’économie. Le travail a été fait, et bien fait, sous le contrôle des services de l’État. »

Mardi 3 décembre, après avoir réuni 54 acheteurs engagés sur le projet immobilier des Trois Cheminées à Rothéneuf, Véronique Bléas-Moncorps, la directrice adjointe déléguée de la Sacib, a accepté de prendre la parole.

Une première depuis un an. « J’estime qu’il est temps de préciser les choses afin que tout le monde sache ce qu’il y a dans ce projet et surtout, le travail qui a été effectué depuis 2010 avant que les permis de construire soient délivrés. Il est temps de remettre les choses dans leur contexte. En toute objectivité, pour expliquer ce qu’est le dossier à notre niveau. »

Rappel historique

Concrètement, le projet des Trois Cheminées est lancé en 2010. À l’époque déjà, la précédente municipalité estime qu’il est important d’installer de nouvelles familles à Saint-Malo. « Les premières promesses de vente ont été signées fin 2012 », rappelle Véronique Bléas-Moncorps. Ce secteur est inscrit dans le Plan local d’urbanisme (PLU) comme « une zone à urbaniser à terme ». Mais en 2013, intervient une modification du Sage (Schéma d’aménagement et de gestion des eaux). La municipalité doit donc adapter son projet.

En 2014, il redémarre à l’échelle de la Frange Sud de Rothéneuf. Un projet de construction de 800 logements, sur une surface de 25 hectares, prévu en plusieurs phases et sur une durée de dix ans.

En octobre 2015, une étude d’impact pour la déclaration d’utilité publique pour la Frange Sud de Rothéneuf est lancée. Une enquête publique est également menée en 2016. Elle émet un avis favorable.

« Après plusieurs étapes administratives et environnementales, la demande des permis d’aménager et de construire est déposée en juin 2017 », rappelle Véronique Bléas-Moncorps. Au final, le permis d’aménager est validé en février 2018.

« À l’automne 2018, tous les recours sont purgés. Nous achetons les terrains et nous signons les premières promesses de vente de terrains à bâtir avec nos clients. Jusque-là, toutes les associations environnementales locales et régionales qui avaient étudié le dossier n’avaient émis aucune opposition », rappelle Véronique Bléas-Moncorps.

25 % de zones humides supplémentaires

Et ce parce qu’entre 2014 et 2019, une démarche de compensation et de restauration des zones humides a également été lancée. « Une démarche reconnue comme innovante et exemplaire par les services de l’État », souligne Véronique Bléas-Moncorps. Et qui au final a permis de générer une surface plus importante de zones humides. « Avant le projet, les zones humides représentaient 50 760 m² sur la surface totale de la Frange Sud de Rothéneuf. Après la mise en œuvre des travaux de restauration et de compensation, on dénombre 62850 m² de zones humides. Soit une augmentation de près de 25 %. »

Début février 2019, les travaux auraient pu débuter. Mais l’écologue, missionné pendant plusieurs mois pour assurer le suivi environnemental du dossier, a demandé à la Ville et à la Sacib de patienter. « C’était la période de nidification pour les oiseaux. Nous avons donc décidé de repousser les travaux de neuf mois », précise Véronique Bléas-Moncorps.

Les travaux suspendus

Le 7 octobre 2019, la ville de Saint-Malo commence enfin les travaux de voirie. Le 12 octobre, l’association Rothéneuf Environnement créée un an plus tôt, adossée à Eaux et Rivières de Bretagne, décide de saisir le tribunal administratif en référé.

Le 12 novembre 2019, la décision du TA tombe : les travaux sont suspendus jusqu’à la décision du tribunal administratif. « Pour nous, il n’est pas question de commenter cette décision, prévient Véronique Bléas-Moncorps. Nous avons des arguments à développer sur la qualité du travail environnemental réalisé. Ce sera fait devant le tribunal sur le fond. »

Mais l’arrêt des travaux n’est pas sans conséquences. « Nous avons 54 clients avec qui nous avons signé des promesses de vente. Notre priorité a donc été de les informer et de les accompagner, souligne Véronique Bléas-Moncorps. Cela a forcément un impact sur les entreprises locales et leurs salariés, qui ont dû quitter le chantier. »

Au final, la directrice adjointe déléguée de la Sacib reste convaincue du bien-fondé du projet. « Il y a une demande légitime des ménages malouins pour des logements neufs, adaptés aux exigences d’aujourd’hui. La vente de ces logements est en constante augmentation sur le pays de Saint-Malo (plus de 40 % depuis 2015 selon Oreal, l’observatoire du logement neuf en Bretagne). Ces nouveaux programmes d’habitat permettent une meilleure prise en compte des différents besoins : familles monoparentales, couples avec ou sans enfants, célibataires, seniors… »

Nicolas CARNEC.

De futurs acheteurs dans l’incompréhension…

« Nous restons attachés à ce projet ! »

Au 2 décembre, ce sont 54 familles qui ont pris des engagements financiers sur le projet immobilier Les Trois Cheminées à Rothéneuf.

Lundi soir, ils ont été réunis par la Sacib pour faire le point sur le dossier. « Nous sommes une famille avec deux enfants de 8 et 10 ans, témoigne ce papa qui souhaite rester anonyme. Nous vivons actuellement dans un appartement de 58 m² à Saint-Malo. Nous avons signé un compromis de vente en juillet 2018 pour l’achat d’un terrain à bâtir. Nous pensions rester deux ans dans notre logement actuel. Mais les différents contretemps repoussent énormément cette échéance. Notre souci c’est que ne sachant pas la durée du projet, il est difficile d’engager plus de dépenses. Et si le projet n’aboutit pas, financièrement, il nous sera impossible d’acheter quelque chose sur Saint-Malo tant le marché a augmenté depuis 2018 ».

« De l’hostilité »

Un autre couple de 35 ans, avec un enfant de 18 mois, est plus vindicatif. Il déplore qu’une « minorité de personnes entravent le bon développement d’un bourg et prennent ainsi des familles en otage sous couvert d’actes écologiques ».

Pourtant, ce couple s’inscrit lui aussi dans une démarche environnementale. « Notre projet de construction est pour nous un projet de vie. Il doit nous permettre de construire la maison écologique en adéquation avec nos valeurs. Nous sommes actuellement en location à Saint-Servan et ces reports nous impactent financièrement. Nous sommes convaincus que le projet des Trois Cheminées est bon pour Rothéneuf et nous ne comprenons pas l’hostilité de certains face à de nouveaux habitants. »

Âgé d’une cinquantaine d’années, Alain Guillard, domicilié à Saint-Coulomb, parle quant à lui « d’un rêve qui s’envole ». Avec son épouse, ils ont découvert le projet des Trois Cheminées, fin 2017. « Nous avons posé une option pour l’achat d’un terrain. Puis en juin 2018, alors que tous les recours étaient purgés, nous avons signé le contrat de réservation. » Dès lors, le couple se projette vers cette construction. « Nous avons décidé de mettre notre maison en vente. »

En moins d’une semaine, le bien est vendu et Alain Guillard doit trouver une location dans l’attente de la finalisation de son projet. « Initialement, la livraison du terrain était prévue pour fin décembre 2019. Et je comptais bien, moi aussi, recréer de la biodiversité sur mon terrain ! »

Création d’un collectif

Mais à la fin de l’année 2018, Alain Guillard découvre les premiers articles consacrés aux actions de l’association Rothéneuf Environnement. « De là, sont nées les premières inquiétudes. Pour tout vous dire, cela m’a même un peu fâché, car j’estime qu’il y a un temps pour tout. Or là tous les recours étaient épuisés. Mais le plus décevant, c’est lorsque j’ai pris contact avec les membres de l’association. À aucun moment, dans leur réponse, ils n’ont pris en compte la dimension humaine qu’il y avait derrière ce projet. »

Alain Guillard, ne parle pas seulement de son cas personnel. « Il y a beaucoup de jeunes couples primo-accédants. Toutes les personnes qui ont choisi de se lancer dans un projet aux Trois Cheminées, se retrouvent dans des situations complexes. En particulier financièrement. »

Satisfait de la réunion de lundi avec la Sacib, « on a pu enfin avoir une information claire et précise », Alain Guillard et d’autres acheteurs envisagent de « créer une association afin de défendre nos intérêts bien sûr, mais aussi de pouvoir nous exprimer ».

En attendant, il va devoir composer. « Notre location à Saint-Coulomb arrivera à son terme en 2021. Nous serons sans doute contraints de déménager à nouveau. » Quant à savoir s’il va maintenir son projet de construction « Nous avons proposé à la Sacib de pouvoir proroger notre engagement sous réserve de pouvoir en sortir à tout moment. Encore faudra-t-il pouvoir trouver un autre terrain mais il n’y en a pas à Saint-Malo. Ou acheter une maison, mais là aussi c’est presque mission impossible au regard du prix du marché.»

N.C.

 

Retrouvez l'article original sur Ouest-France : https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-malo-35400/saint-malo-frange-...

 

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